C’est le titre donné par le Figaro a un texte de Jean d’Ormesson à propos de la victoire annoncée de M. Hollande à la Présidence de la République française.
Je ne sais pas quelle valeur auront ces propos dans vingt ans.
Aujourd’hui, ils me paraissent refléter l’ambiance complexe mêlant inquiétudes et espoirs, avec une touche d’inconscience, qui règne en France à 6 mois d’élire un président de la République.
llusions ou débats dépassés ?
Comment serons-nous jugés ?
Beaucoup d’erreurs ont été commises pour amener le pays dans cet état de décadence annoncée. Erreurs pour certains, actes bénéfiques assumés pour d’autres.
Lisons les pronostics de M. d’Ormesson, publiés dans Le Figaro du 11/11/11 !! c'est édifiant!
Jean d'Ormesson* dresse un portrait sans concession de celui qu'il considère
comme le probable futur chef de l'État.
« Il n'est pas sûr, il est peut-être même improbable, au vu des sondages d'aujourd'hui, que Nicolas Sarkozy soit réélu dans six mois pour un second et dernier mandat. Les mesures de rigueur annoncées par François Fillon ne sont pas accueillies - c'est le moins que l'on puisse dire - par un enthousiasme excessif.
Mme Le Pen à l'extrême droite, M. Bayrou au Centre, Mme Aubry à gauche, M. Mélenchon à la gauche de la gauche se déchaînent contre elles. Les syndicats les condamnent. Une bonne partie de la
droite modérée elle-même ne peut pas se résoudre à se prononcer en faveur d'un président qui, à ses yeux, a avili et compromis ses fonctions par son comportement. La victoire de François Hollande
est à peu près acquise, et elle risque d'être éclatante. Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste.
La question n'est pas de savoir qui l'emportera en mai 2012. On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire que ce serait Mme Aubry. On a même pu
imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen. Il n'est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu'à se persuader de leur
chance de l'emporter. Tout sauf Sarkozy. N'importe qui sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande.
François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel. Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique. Il est mondialement connu en Corrèze. Ce n'est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires. Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe. Par temps calme et sans nuages. Il n'est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C'est une espèce d'entre-deux: un pis-aller historique. Ce n'est pas Mitterrand: ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n'est pas Jaurès ni Léon Blum: c'est Albert Lebrun. Ce n'est pas Clemenceau: c'est Deschanel. Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l'élire à l'Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête. C'est vrai: Sarkozy en a trop fait. Hollande, c'est l'inverse. Car n'avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n'est pas exclu, il est même possible ou plus que possible, que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République. C'est qu'à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d'être d'accord entre eux -je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande-, ont des arguments de poids: la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s'allonger), 60.000 nouveaux fonctionnaires (quand il s'agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30% de baisse sur les traitements du président et des ministres (même M. Jean-Marie Le Pen, de glorieuse mémoire, n'a jamais osé aller aussi loin dans le populisme et la démagogie). Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner.
Aussi n'est-ce pas dans la perspective de l'élection de 2012 que je me situe. C'est avec le souci du jugement de l'histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaître, a fait pas mal d'erreurs. À voir
comment se présente la campagne d'un Parti socialiste qui semble n'avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu'avec M. Sarkozy.
Les déclarations d'intention ne valent rien. Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus qu'estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du
nôtre. M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France? M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus traîné dans la boue qu'aucun
dirigeant depuis de longues années. Il a pourtant maintenu le pays hors de l'eau au cours d'une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n'est même pas impossible que Mme Merkel et lui
aient sauvé l'Europe et l'euro. Pour affronter le jugement de l'histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu'à l'absurde, Hollande
(Hollande président? On croit rêver, disait Fabius) -Aubry-Joly-Mélenchon. Bonaparte Premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses
capacités. Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l'idée d'être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés
que lui a réservés le destin. Je veux bien croire -je n'en suis pas si sûr que pour 2012 les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que
le retard est trop rude pour être rattrapé. J'imagine très bien l'explosion d'enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l'élection de M. François Hollande à la magistrature
suprême sera enfin annoncée. Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015. »
Mon point de vue
M. d'Ormesson est un vieux monsieur que l'univers de noblesse déchue duquel il émane et dont il est un chantre désabusé, est typique de cette élite dépassée qui se réfugie dans les dogmes confortables aux intérêts de sa classe
Il est donc normal qu'il tienne ces propos rassurants pour son environnement condescendant à l'égard de son académique vertu.
Un académicien est là pour conserver, pas pour chercher, développer, prévoir, susciter...
Mais ce n'est pas parce qu'on est vieux et possédant qu'on doit camper sur des positions archaïques et aristocratiques.
M. Stéphane Hessel, 93 ans aux prunes, et aïeul de M. d'Ormesson en est un exemple qui a été bien compris de la jeunesse du monde entier, la jeunesse ouverte, curieuse, mal traitée, qui a trouvé en lui l'intelligence de la situation, établie à l'aune d'une vraie vie, parfois de souffrances comme M. d'Ormesson n'en a bien sûr jamais connues, les ressorts de l'enthousiasme, une perspective enfin...
Bref il est l'heure de s'indigner, de modifier les règles du jeu qui nous entrainent dans la décadence économique, morale, sociale, telles qu'elles sont établies chaque jour encore par des nostalgiques qui nous gouvernent à leur seul profit.
Que M. Hollande ne soit pas exactement le moteur de tout cela, j'en conviens totalement avec d'Ormesson.
Qu'il faille changer de république[1] pour rééquilibrer une démocratie confisquée par les amis de d'Ormesson, je suis tout à fait d'accord avec ce qu’il écrit en creux.
Mais il y a deux choses qu'il ne dit pas :
- la médiatique personnalisation des élections est une grossièreté, tant il est nécessaire d'avoir une véritable équipe aux manettes. C'est juste ce que Sarkozy n'a pas fait et une des raisons
majeures de son échec (et je suis poli), lui qui s’est cru le maître du monde
- corollaire, il n'y a pas le début de commencement de projet de société dans la critique de M. d'Ormesson. Or c'est tout de même cela qui importe : santé, éducation, vie en commun... comment
répartir nos ressources, non?
Bref, ce texte est parfait par ce qu'il montre de mépris, de dogmatisme et d'orgueil de la part des suppôts de nos gouvernants. Des valeurs bien de "droite" s'il en est. M. Hollande serait
inspiré de s’en éloigner radicalement.
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